L'auteur
Stevan Uægs
Stevan est un homme discret, dont la vie est marquée par un rythme décanal.
1972
Année de naissance de Stevan, qui a aussi vu la sortie du Parrain de Francis Ford Coppola, film sans aucun lien avec la biographie qui nous occupe.
Après un hiver rude et un printemps précoce, l’été fut marqué par une certaine fraicheur. Nous eûmes donc affaire cette année-là à un climat dit normal (pour le XXe siècle s’entend), ce qui n’augurait en rien ni de l’avenir du monde, ni des préoccupations actuelles de l’auteur.
1982
Stevan se trouve dans les environs de Rome le jour de la finale de la Coupe du monde gagnée par l’Italie et reste bloqué dans un embouteillage. Les coups de klaxons entendus par l’auteur cette nuit-là surpassèrent quantitativement et qualitativement ceux de toute sa vie.
Quelques jours plus tôt, Stevan assistait à la demi-finale perdue par la France devant l’écran d’un camping plein à craquer d’Allemands. Lorsque le gardien Harald Schumacher percuta Patrick Battiston, des regards effarés et penauds se tournèrent vers Stevan. Ce soir-là, au lieu de pleurer la défaite, il reçut le réconfort des vainqueurs.
1992
L’auteur distribue des cigarettes à des gamins de dix ans dans un parc à Moscou et s’interroge sur nos motivations et les conséquences de nos actes. Il ne sait si ce don a rasséréné ces enfants misérables ou s’il a précipité leur déchéance. Il aurait pu leur faire cadeau d’un dollar, ce qui aurait équivalu à un mois de salaire d’un Moscovite cette année-là. Croyait-il que nos valeurs occidentales, à cette époque où sa génération croyait en une paix universelle, allaient se diffuser dans leurs cerveaux soviétiques sclérosés et leur inspirer un élan progressiste irréversible ?
Durant le même été, une tartine de caviar grignotée dans un hôtel international de la même ville le renseigne sur la puissance de l’argent. Pour rester au contact de l’humanité, il suffit à un riche de le dépenser discrètement dans un lieu partagé par ceux qui le possèdent. Seule contrainte : la présence des domestiques. L’auteur envisage trois postures en cas d’interaction avec ces indispensables gêneurs : éviter leur regard (vivement qu’ils soient remplacé par des robots!), distribuer des pourboires (ces chanceux partagent un peu de notre belle vie), se contenter d’un geste professionnel (merci de tenir vos distances).
2002
L’auteur sert un verre d’eau à Virginie Ledoyen, qui lui dit merci. Puis il poursuit son service, méditant sur les différences d’intensité que certains mots revêtissent dans le cœur de celui à qui ils sont adressés, selon la bouche qui les a prononcés. Cependant, l’histoire en reste là. Heureusement car Stevan emménage cette même année avec sa dulcinée. Il apprend, au fil du temps, que remercier est plus affaire d’actes que de paroles. Quant à nos émotions, si leur intensité se diluent avec l’âge qui nous guette, elles ne demeurent pas moins toujours prêtes à renaître au détour d’une conversation, par petites touches florales, bon an mal an, comme le souvenir de jolis yeux.
Vingt ans après, une dernière leçon est tirée tardivement de cette anecdote, au lendemain d’une soirée trop arrosée mais insipide : le choix du verre d’eau peut relever d’une sobriété heureuse.
2012
Stevan prend fait et cause, sur le tard, pour l’accord du participe passé, qu’il professe autour de lui comme d’autres ne jurent que par les exercices de pleine conscience. Et pour cause, tout comme l’adjectif, le participe passé entretient une relation intime avec le sujet s’il est employé avec l’auxiliaire être, quand c’est avec l’objet qu’il est associé lorsqu’il est employé avec l’auxiliaire avoir.
Car si l’être réside dans le sujet, l’avoir porte sur l’objet.
2022
Inutile de nommer celui qui a gâché le plaisir de l’auteur quelques jours avant son cinquantième anniversaire, ni celle qui, six mois plus tard, a reclassé SOMETIME au rayon des romans préhistoriques. Stevan peut bien continuer à écrire sans entraves, son imaginaire sera toujours moins fécond que le cours du monde.
